Avec Stef, nous avons décidé de faire le bilan de notre premier mois ici, tant pour nous-même que pour vous le faire partager. Jusqu'à présent sur le blog, Stef ou moi prenons comme on le sent un sujet qui nous botte et on écrit dessus. Cette fois-ci, nous écrivons en parallèle sur la même idée, ça va être rigolo de voir la vision de chacun.
Un peu comme dans "Pursuit of Happyness" (sans fautes), il y a eu plusieurs phases: la première (avant le voyage), je l'intitule "On va pas pouvoir tout emporter", ensuite, il y a eu "Mais qu'est-ce que je fais ici", puis "C'est bien finalement d'être là" et enfin "Faut pas être si timide". Voyons voir ce que ça donne.
On va pas pouvoir tout emporter
Pour empaqueter, sachant qu'on a droit à 23X2 kg chacun, c'est chaud, surtout pour une girl. Une devise peut être: prends tes préférés pour chaque catégorie: vêtements 4 saisons du lycra au cuir (on est en Californie du nord, il fait froid en hiver, et en même temps on prévoit de faire du surf plus tard), médicaments surtout ceux sur ordonnance (ils ont déjà pas mal servis vu l'épuisement avant le départ), produits de beauté qu'on a mis 10 ans à sélectionner et sans lesquels on ne ressemble à rien, et ne pas sous-estimer l'encombrement des vestes et shoes pour chaque occasion (5 paires minimum). On rajoute à ça le portable, l'électronique, les docs papiers de l'identité au carnet de santé, plus les guides (lonely et routard complémentaires of course) et un bouquin, sinon l'avion c'est pas tenable. Les 2 valises vont craquer c'est sûr. Ya pourtant 6 mois de vie là-dedans, c'est juste pas possible de les perdre (surtout les tee-shirts collectors de concerts et de La Fraise).
Mais qu'est-ce que je fais ici
Le débarquement de l'avion est toujours peu agréable aux US. On a beau s'y préparer, les 10 min d'explication de texte à l'employé de l'immigration (5 min chacun) sur le fait qu'on veut rester un peu moins de 6 mois sont bien longues. Pour le lieu de vie, truc important que j'avais prévu, habituée au nomadisme parisien (7 lieux en 10 ans): un peu de déco perso qui nous tient à coeur et transportable, comme des photos et origamis tokyoites (où nous nous sommes rencontrés), pour mettre dans le hsh (home sweet home temporaire). Cela atténue la sensation de bout du monde + tout est étranger + je débarque avec mes valises comme Linda de S. Accentué par ce fichu décalage horaire, qui fait tout bizarre même lorsqu'on part en vacances en club aux Caraibes (ucpa). Pas de chance, en plus il fait froid, humide, ne connaissant pas le quartier de Sunset peu animé, on cherche une pitance à pieds et sous la pluie, et trouvons des bolinos dans un magasin d'alcool tenu par un russe peu jouasse. La totale. Heureusement, notre hôtesse Fatima arrive le soir et apporte chaleur humaine et un début d'orientation dans la ville.
Nous réapprenons la pyramide de Maslow à la base: un être humain a d'abord des besoins physiologiques (en cours d'être remplis), de sécurité (ça c'est bon grâce au hsh prévu à l'avance), puis besoin d' appartenance et amour. Pour l'amour, heureusement que l'on est deux et que les parents sont joignables sur webcam. Pour l'appartenance, c'est effectivement un besoin très fort de nouer des contacts et se sentir partie prenante de la ville. Il reste l' estime de soi et d'autrui, et se réaliser: pour l'instant on va assouvir les 3 premiers.
C'est bien finalement d'être là
La connaissance de notre nouvel environnement s'est faite rapidement, passant par se situer dans l'espace (parcourir les quartiers de SF à pieds, repérer les magasins vitaux, prendre et comprendre les transports en commun pour être autonomes, se balader en vélo - une fois, car la loc est aussi chère que louer une voiture! puis élargir et parcourir les environs de la baie, motorisés et munis d'un GPS - indispensable), et acquérir moyen de paiement local et téléphone portable. Une adresse, un numéro de téléphone, internet, des dols (dollars): la vie matérielle américaine commence vraiment.
Parallèlement à l'installation, nous avons pris contact avec les personnes recommandées par des amis en France, et là où nous avons commencé à penser qu'on pourrait être bien ici, c'est à la soirée du Mas Sake (cf article), avec des collègues de Stef. Je tiens à remercier très chaleureusement pour leur gentillesse et disponibilité Fatima, Richard et Marlene, Mickael et Jeannie, Cristèle et Aviad, Hélène et Hervé, Sarah et Human, Jennie et Noah, Patrice et Radhia, dans un premier temps bombardés de questions.
Ce qui est réconfortant à SF, c'est que ce n'est pas un problème d'avoir un accent car il y a tellement de communautés que cela ne choque personne. Le côté français a une image positive (Paris, la bouffe, le charme de l'accent), tant mieux. Les habitants sont plutôt souriants et faciles à aborder, natures, il y a de nombreux events populaires, alternatifs ou régressistes d'organisés (festivals pour tous genres et communautés, batailles d'oreillers et soirées à thème - ça ne rigole pas sur les déguisements!, commémorations...), les quartiers ont une identité (toujours pareil du fait des communautés et styles de vie). Il paraît que cela bougeait plus il y a 10 ou 20 ans. Nous on trouve déjà suffisamment de quoi faire. La ville est belle et la nature - notamment la mer - très belle et proche. L'interdiction de fumer dans les lieux publics est respectée, le civisme existe que ce soit dans les files d'attente ou les transports, ça fait du bien.
Bien sûr le rythme de travail est important (quoique venant de Paris et de boîtes internet cela ne nous étonne pas tant que ça; c'est sûr il y a moins de repos) et le commuting (temps de transport) est à considérer attentivement. Il faut choisir son quartier d'habitation pour limiter les effets du brouillard, sachant que tous les quartiers de SF l'ont plus ou moins l'été (et là ça caille, 15-20 degré maxi). Le nombre et l'état des homeless fait se souvenir qu'il n'y a que peu de sécurité sociale, et par ailleurs il vaut mieux éviter certains quartiers de la ville la nuit ou le matin tôt. Mais il vaut mieux ne pas s'attarder là-dessus, juste faire attention.
Faut pas être si timide
L'intérêt que je vois dans l'aventure, c'est de se faire sa propre expérience, de voir de ses yeux et de se faire sa propre idée sur un nouvel endroit, la vie et les gens qui l'habitent. Car le vivre réellement est loin de ce que l'on peut imaginer (en bien ou en mal). Maintenant, cela implique de se lancer, d'être curieux (motivé c'est encore mieux) et d'avoir le moins d'à-priori possible (ce qui n'est pas évident), et de s'ouvrir aux autres. Le fait de commencer à comprendre le mode d'emploi d'un endroit fait qu'on l'envisage avec moins d'appréhension, et permet sûrement ne pas craindre un jour de recommencer l'opération ailleurs (comme n'importe quel franchissement d'obstacle).
Ce qui est excitant et gratifiant, c'est de faire des choses ou rencontrer des personnes que l'on n'aurait jamais faites/rencontrées en France. En tout cas, pour finir, la pyramide de Maslow est loin d'être achevée, en ce qui me concerne, la pâte commence à se former mais il y a encore du pain sur la planche. Et une dernière chose: le fait de savoir qu'il y a la famille et les amis dans son pays qui vous soutiennent, c'est primordial. Alors, merci les zamis, et merci à Papa, Maman et Sylvie!
Les commentaires récents