
En faisant ma petite revue de presse quotidienne, je suis tombe sur un article plus tout a fait recent qui adresse les discussions en cours entre Apple, la firme de Cupertino responsable de l'iPhone (entre autres) et NTT DoCoMo, le premier operateur mobile japonais (responsable de l-i-mode, enorme succes au Pays du Soleil Levant).
Apres une sortie de l'iPhone aux US, en Angleterre, Allemagne et en France, la cible que constitue le marche japonais pour Apple semble logique a premiere vue, compte tenu de l'avance qu'a l'ile sur le sujet mobile, et notamment sur les usages. De plus, la firme a la pomme beneficie d'une tres bonne image et d'une forte penetration sur le marche des lecteurs mp3.
Et pourtant, je suis sceptique. Et ce pour plusieurs raisons:
- Les services. Si les US sont un marche relativement immature en matiere de services mobiles, avec un usage du WAP/Internet mobile encore balbutiant (mais en progression), ce n'est absolument pas le cas du Japon. En effet, nos amis japonais avaient acces a du haut-debit mobile alors que nous etions encore en train de parler du WAP. Beneficiant de ces hauts debits, un nombre considerable d'editeurs et developpeurs s'est lance sur le sujet, pour produire quantite de services, tres utilises par les japonais, et ceci depuis des annees. Par exemple, les telephones KDDI (2eme operateur nippon) sont tous equipes de GPS et proposent des services de navigation. Des millions de japonais lisent la version mobile de leur presse quotidenne, des services avances de Meteo generent des revenus.
La sortie d'un iPhone sur le marche japonais ne constituerait donc pas
une revolution en terme d'usage mobile et d'adoption des services, comme cela a ete le cas aux US et dans une moindre mesure en Europe.
- Le form factor. Vodafone avait rachete en 2001 le 3eme operateur japonais, J-Phone. Alors que le marche japonais est domine par des constructeurs locaux (Sharp, Nec, Panasonic, Toshiba, Sony, etc.), Vodofone Japan avait decide de faire jouer les contrats mondiaux passes avec Nokia et Motorola. Echec retentissant. Le marche japonais est tres particulier et necessite des produits specifiques. En 2005, constatant l'echec, Vodafone a revendu sa filiale japonaise a Softbank. Apple saura-t-il attirer a l'iPhone les utilisateurs japonais mieux que Nokia, Motorola ou meme, dans un autre domaine, Microsoft (XBox et XBox 360 ne dechainent pas les passions)?
- Le reseau. Le tres haut debit mobile est omnipresent, en 3G, 3G+ et 4G. l'iPhone n'est pour le moment meme pas 3G. Pour autant, une nouvelle version de la bete devrait arriver durant le 1er semestre et combler ce manque.
- L'activation. Activer un iPhone necessite un ordinateur connecte a
Internet sur lequel iTunes est installe. NTT DoCoMo accepterait-il de
dependre d'iTunes alors que la procedure
habituelle est totalement differente? Dans ce processus, la relation client est clairement modifiee, c'est Apple qui aux yeux du proprietaire de l'iPhone est responsable, et non l'operateur. Et le pire dans cette relation, c'est l'implication au niveau business model.
- Le business model. Si NTT DoCoMo a invente l'i-mode et son formidable ecosysteme operateur/fabricant de terminaux/editeur, sa reussite provient du business model ou tout le monde est gagnant. De facon a faciliter le developpement de services, DoCoMo a redige des specifications detaillees pour les terminaux, que chaque constructeur se doit de respecter afin d'etre reference dans le catalogue de telephones mobiles. Pour l'editeur de services, en possession de spefications detailles ecrites par DoCoMo pour coder en cHTML (la version compacte et simplifiee du HTML), nul besoin de gerer plusieurs versions, une seule suffit. Ainsi, des milliers de services payants et gratuits se cotoient sur le portail officiel. DoCoMo collecte l'argent aupres des abonnes aux services et reverse une part substantielle aux editeurs (plus de 80%). Tout le monde y gagne. Apple, avec iTunes Music Store par lequel passerait la vente de musique, clips, films et sonnerie, casse ce modele vertueux. De plus, en demandant une part des abonnements datas pris par les clients DoCoMo, Apple peut creer un precedent difficilement gerable par DoCoMo.
En conclusion, si certains aspects peuvent se regler de facon contractuelle entre les deux geants, compte tenu des autres points listes, culturels et historiques, je ne crois pas que le succes de l'iPhone au Japon sera au rendez-vous. Prenons date l'an prochain pour voir si ces doutes sont confirnes ou pas.
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